Scène I : Le cactus chapeauté et le muffle : Bureau, intérieur, immeuble désaffecté.
LE MUFFLE -Cela ne peut plus continuer ainsi !
LE CACTUS -Quoi donc ?
LE MUFFLE -Cette crevette... Elle doit cesser de courrir !
LE CACTUS -Certes, comment peut-elle courrir si elle n'en a pas les moyens ?
LE MUFFLE -Pourquoi devez-vous toujours me contraindre à vous donner des explications ?
LE CACTUS -C'est une réaction de toute personne pathologiquement constituée.
LE MUFFLE -(excédé) Vous avez réponse à tout ! Vous semez le doute partout ! Y a t-il quelque chose qui n'est pas de votre répertoire ?
LE CACTUS -(baissant le yeux) La logique..
LE MUFFLE -(intrigué)Expliquez vous
LE CACTUS -C'est simple. Vous me demandez d'arrêter cette crevette..(silence) vous me suivez ? Et bien, je vous réponds qu'elle n'en a pas la possibilité. Pourquoi est-ce que je prends la peine de vous répondre alors que votre question n'a pas de sens ?
LE MUFFLE -(perplexe) Dans ce cas, le problème de la logique vient de moi.
LE CACTUS -C'est exact.
LE MUFFLE -Donc effectivement, vous n'êtes pas logique.
LE CACTUS -(un large sourire apparait qur son visage) Heureux de vous l'entendre dire !
Les deux personnages, le muffle et le cactus chapeauté se serrent la main. Ce dernier sort.
Scène II : Le cactus chapeauté, la crevette, le barman. Intérieur , saloon.
Le cactus chapeauté descend les escaliers miteux de ce vieil immeuble désafecté. Des formes psychédéliques sont dessinés de long en large sur les murs délabrés. Il sort et se dirige vers le saloon le plus proche et entre. Une fumée jaunâtre a envahit la pièce ; on distingue de pars et d'autres des silhouettes adossées à leurs chaises, jouant aux cartes, fumant, buvant, criant. Leurs chapeaux difformes ne font que renforcer cette atmosphère glauque. Le cactus fronce les sourcils et scrute minutieusement la pièce à la recherche de la crevette. Au bout de quelques instants, il l'aperçoit accoudée au comptoir en conversation avec le barman. Il s'approche
LA CREVETTE -Non, mais c'est dernier temps, c'est le néant
LE BARMAN -Arff, tu sais de nos jours on cherche un peu trop à concrétiser les choses..
LA CREVETTE -Les crétiniser..Enf..
LE CACTUS -Excusez moi (s'adressant au barman), un scotch,(puis à la crevette), vous savez... on vous recherche
LA CREVETTE -Il parait que je suis en cavale
LE CACTUS -C'est ce que j'ai entendu.
LA CREVETTE -Crétiniser... bien sur, comment voulez vous que je me risque à agir puisque je n'ai pas d'échappatoire ?
LE CACTUS -J'ai essayer de l'expliquer.
LA CREVETTE -A qui ?
LE CACTUS -Un muffle..
LA CREVETTE -Evidemment, un muffle, ça n'écoute pas ces bêtes là...
LE CACTUS - Ca ne m'était pas venu à l'esprit.
LA CREVETTE -Il vous manque une case.
LE CACTUS -Oui, mon cube. je l'ai perdu dans un siphon..
LA CREVETTE -(elle boit son verre d'une traite et en recommande un deuxième) Triste incident.
LE CACTUS -Je ne sais pas. Mais au fait, pourquoi suis-je à vos trousses ?
LA CREVETTE -Il semblerait que je sois en cavale
LE CACTUS -Pour quel motif ?
LA CREVETTE -Je l'ignore moi-même
LE CACTUS -Je me propose d'aller en chercher un avec vous.
LA CREVETTE -C'est entendu. Mais faites moi le plaisir de finir votre verre.
Le cactus acquiece, boit son verre, ils payent leurs consommations et partent.
Scène III ; La crevette, le cactus chapeauté. Extèrieur, rue.
Une fois dehors, le saloon est plongé dans l'obscurité, la musique s'arrête et le bâtiment tombe doucement en miète.
LE CACTUS -C'est une catastrophe.
LA CREVETTE -Mais non, maintenant que votre cube a disparu, vous devez comprendre qu'il ne suffit que de le penser et il sera.
LE CACTUS -(pensif)J'aime ce concept..
Les deux personnages se dirigent vers un bâtiment dont on ne peut pas voir le bout, construit sur la seule parcelle de macadam de ce desert. Des cheminées qui crachent gris sont installées sur les cotés de l'immeuble. Il y a en a une tous les deux étages. Les fenêtres sont opaques et au milieu de celui-ci on voit inscrit sur une pancarte "Bureau des motifs" ; celle-ci entouré de tous genres de publicités : "Contribuez à la logique", "Un motif, pour avoir l'air plus receptif", "Cessez de vivre vos rêves, contribuez à la contruction du vrai !".
LA CREVETTE (exaspérée)-Quel avilissement ! pourquoi me forcer à me trouver un motif ?
LE CACTUS-C'est plus dans mon interêt, mais il ne vous sera pas totalement indifférent. On trouve un motif, je le rapporte au muffle...
LA CREVETTE -.. Et vous m'arrêtez
LE CACTUS -Voilà
LA CREVETTE -En effet, je n'avais pas constaté qu'une logique pouvait être autant endommagée pour une histoire de cube.
LE CACTUS -J'en suis sincérement désolé, qu'allons nous faire ?
LA CREVETTE -On va dire que si vous m'ammenez là, c'est pour que je puisse trouver un sens au fait que vous êtes à mes trousses, ensuite je m'enfuirais et vous direz à votre muffle de supérieur que j'ai tout simplement pris la fuite avant que vous ayez pu me rattraper.
LE CACTUS -Marché conclu.
Ils entrent dans l'immeuble
Scène IV :
A l'intérieur, grouille une masse de personnes, qui se bousculent les unes les autres. Ils ont du mal à se frayer un chemin. Ils arrivent finalement jusqu'à l'accueil et se retrouve face a une jeune femme à trois bouche. L'une s'adresse à un homme géant, l'autre à un Lilliputien et la troisième sourit aux deux personnages.
LA RECEPTIONISTE -Que puis-je faire pour vous ?
LE CACTUS -Le bureau des motifs s'il vous plait.
LA RECEPTIONISTE -Vous allez à droite, vous marchez pendant cinq minutes, puis vous prenez la sixième à gauche, vous tournez sur vous mêmes à 86° et c'est le deuxième ascenseur à partir de la droite. 66è étage, première porte au milieu.
LE CACTUS -Merci.
Après avoir suivi les indications de la réceptioniste, et parcouru les longs couloirs ternes et gris, ils arrivent enfin au 66è étage. Ils avancent vers la porte et sonnent. La porte s'ouvre et une voix mécanique leur demande d'entrée. Ils se retrouvent dans une immense salle; avec pour seul mobilier un bureau, une armoire et un tableau représentant un gnome. Ce gnome, c'est le personnage assis devant eux qui tient un énorme cigare à la main. Derrière lui, deux immenses baies vitrées donnent pleine vue sur la ville.
LE GNOME -Asseyez vous.
Les deux personnages prennent respectivement une chaise et s'asseyent en silence.
LE GNOME -C'est pour quoi ?
La crevette fait un signe de tête au cactus.
LA CREVETTE -Et bien voilà, je cherche un motif qui me permettrait de comprendre pourquoi je suis en cavale..
LE GNOME -Vous cherchez donc un but ?
LA CREVETTE -On peut dire ça comme ça.
LE GNOME -Je vous donne un mot, vous me répondez, c'est tout ce que je vous demande, pas de question, on n'avisera après.
LA CREVETTE -Entendu
LE GNOME -Avez vous entendu parlé du terre plein ?
LA CREVETTE -Oui
LE GNOME -Pourquoi cette passivité dans votre voix ?
LA CREVETTE -Je ne désire tout simplement pas l'activité.
LE GNOME -(intrigué)Vous fait-elle défaut ?
LA CREVETTE -Je ne peux pas la pratiquer
LE GNOME -Par manque de volonté ?.
LA CREVETTE -C'est incompatible avec mon caractère
LE GNOME -Alors vous ne cherchez jamais à vous tirer d'affaire ?
LA CREVETTE -On fait avec..
LE GNOME -Alors pourquoi trouver un motif à votre fuite ?
LA CREVETTE -Pour être honnête, je n'en sais rien.
LA GNOME -(énervé)Mettez-y de la bonne volonté.
LA CREVETTE -Je vous l'ai déjà dit, ca ne va pas de paire avec mon esprit
LE GNOME -Alors vous avouez ?
LA CREVETTE -Quoi donc ?
LEGNOME -Ne donner aucun interêt aux choses.
LA CREVETTE -Effectivement
LE GNOME -Vous êtes donc incrimé pour ralentissement au progrès.
LE CACTUS -C'est horrible ! (il devient livide).
LE GNOME -Je ne vous le raconte pas
LA CREVETTE -Mais je le proclame !
LE GNOME -Vous êtes donc accusé de passivité à l'égard de la société, vous vivez donc dans vos rêves.
LA CREVETTE -Je dois dire que vous me cernez plutôt bien.
LE GNOME -Je dois donc dire que vous ne respectez pas la loi..
LA CREVETTE -Laquelle ?
LE GNOME -(il se lève et d'un air patriotique, la main au coeur, dit)"Cessez de vivre vos rêves, contribuez à la contruction du vrai !".
LA CREVETTE -(stoique)Oui
LE GNOME -Vous avez donc votre motif. Mais une si grande infraction, pourrait vous forcer à la construction à perpetuité.
LA CREVETTE -Un supplice pour mon esprit.
LE GNOME -je vous suggère donc de quitter cette salle, cet immeuble avant que je n'appelle la sécurité.
Les trois personnages se serrent la main. Le cactus et la crevette quittent la pièce.
Scène V : la crevette, le cactus. Intérieur : ascenseur.
LA CREVETTE -Voilà une bonne chose de faite.
LE CACTUS -Qu'allons nous faire à présent ?
LA CREVETTE -As-tu oublié ? Tu n'as tout de même pas perdu ta mémoire ?
LE GNOME -C'est vrai. Mais je ne vois pas où tout cela peu nous mener. Et ce n'est pas une question de mémoire
LA CREVETTE -Nous allons sortir de cet immeuble monstrueux. Puis je pourrais tranquillement partir en cavale, maintenant j'ai un motif.
LE CACTUS -Comment vas-tu faire pour partir, tu n'as pas de jambes ?
LA CREVETTE -Tu ne te souviens pas de ce que je t'ai dit tout à l'heure ?
LE CACTUS -(pensif)Non ...
LA CREVETTE -Tu dois comprendre qu'il ne suffit que de penser et il sera.
LE CACTUS -Alors pourquoi tout ce manège, pourquoi venir ici ?
LA CREVETTE -Et c'est toi qui me parlais de manquer de logique ?
Les deux personnages quittent l'ascenseur puis l'immeuble. La crevette s'en va et le cactus les bras ballants retourne au bureau du muffle. Avec un motif mais sans explication. Mais à quoi bon ? Sa logique est au fond d'un siphon et la crevette a pensé ses jambes à cette heure ci, elle est déjà loin. Alors, le cactus change subitement de direction et se place face à cet espace vide.
LE CACTUS -(murmurant tout bas) saloon.
Et le saloon apparait, il s'y engage. L'espace redevenant poussière après qu'il est disparu à l'intérieur.
LA CREVETTE -Il suffit de penser pour qu'il soit, mais rien ne se concrétisera, j'aurai dû le lui rappeller.(elle a un large sourire béat).
fin.
mardi 17 avril 2007
essai.

Un besoin de se réhabiliter me parait l'une des bases essentielles pour se réhausser dans sa prépondérance. l'art est un moyen pour atteindre cette reconnaissance.
Ce que je veux dire par là, c'est que l'art est une mise à nue qui recquiert nécessairement la présence d'autrui. Car au delà des profondes contradictions que l'on peut retrouver chez l'individu, celles de l'artiste sont bien plus transcendentes. En ce sens que l'artiste est une personne profondément seule qui tend à s'exposer dans son art (art est à prendre ici au sens large). Sa sensiblité est interpellée avant toute chose, en effet si nous prenons deux artistes toiles dos à dos et qu'on leur demande de peindre un même modèle vu sous le même angle, le résultat qu'ils apporteront seront différents. Il est possible que l'un est priviligié la bouche et l'autre le regard. Ici, tout n'est question que de perception et de son rapport avec l'intelligence. Pourquoi ce détail ? Tout dépend du conditionnement qu'il a subit. Ainsi, en présentant ses oeuvres, l'artiste se dévoile, mais peut-on comprendre ce qu'il en ressort dans l'aboslu ? Ce besoin de reconnaissance est inérant à l'homme, à l'artiste sans laquelle son oeuvre perdrait orgueil et fierté. Car en effet, outre l'esthétique qu'elle apporte, n'y a t il pas un profond besoin d'admiration ? Il implore que celle-ci soit vérifiée et jugée. Alors que l'artiste se renferme dans ses travaux, se perd à travers lui et par conséquent se perd lui même ou au contraire apprend à se connaitre, il exige le jugement, et non pas le sien mais celui d'autrui. Que serait l'art sans public ? L'artiste est seul mais l'art se nourrit des regards.
Ce problème de reconnaissance est un thème réccurant, il témoigne du besoin d'accomplissement que ressent chaque individu. En effet, il tend vers le progrès, c'est un phénomène inéluctable, il est sa grandeur et sa misère, il l'élève autant qu'il le rabaisse. En ce sens que le progrès est destructeur. Il nous pousse dans une constante fuite en avant. Nous sommes englués dans celle-ci, celle de non sens. En passant outre les besoins naturels, rien n'est fondé. Cependant, il ne faut pas s'arrêter à cette simple affirmation car sinon autant se donner la mort instantanément. Ce que je veux dire, c'est que le but de cette mascarade est de trouver un sens à ce quoi l'humanité tend, se méler à la foule, se fondre en elle dans la mesure où l'on poursuit son évolution avec elle, tout en gardant à l'esprit que tout est relatif.
A partir de ce niveau, deux possibilités s'ouvrent à la personne :
- L'insoutenable legéreté de l'être, à savoir de s'enfermer dans son monde et ses soucis, rejettant le monde extérieur et les problèmes qui le touche. Le problème qui surgit alors est que l'individu devient tellement léger qu'il se retrouve au dessus de tout, baigné dans son inscouscience et finit par en devenir malheureux, car sans pouvoir en définir la cause une terrible tristesse le ronge petit à petit. Mais le bonheur commence par le pire des malheurs.
-La pesanteur consiste en ce que l'individu curieux et interessé s'adonne à la contemplation du vrai, étant donné que nous sommes "des animaux raisonnables", nous avons la possibilité de nous pousser hors de nous même, se dépasser et se remplir du maximum d'informations possibles. L'individu utilisant ce processus ressent alors comme un d'achèvement, un aboutissement. Et, malgré son abhération devant le monde posterieur, actuel ou anterieur (car l'homme bien que vivant dans le présent ne cesse de se projeter dans le futur et de le comparer à son passé) se permet une vie raisonnable, un rien le rendant heureux. Ainsi, il va de l'avant et se consacre à la réfléxion pour atteindre ce que l'on pourrait appeller l'insoutenable légèreté de l'être de la pesanteur. Mais, devant cette soif de connaissance, il ressentira parfois, lui aussi, une profonde tristesse car le monde est bien trop vaste pour être maitrisé sous toutes ses formes, et les questions des plus pertinentes ne s'arreteront de le hanter. D'autant plus, si comme l'affirme les sensualistes que tout est relatif, l'inlassable question "à quoi bon?" ne cessera de le poursuivre. Voici un des grands paradoxes de l'homme, comment peut-il se satisfaire ?
Et si rien n'a de sens pourquoi ne pas choisir l'insoutenable légèreté de l'être ? Nous devons pour notre survie comme je le mentionnais plus haut mettre du concret dans le relatif. L'homme se rabaisse donc autant qu'il s'élève car il y a définitivement une contradiction très profondément encrée en lui, mais comme dirait Nietsche, n'est pas cette contradiction qui fait la gloire de l'homme, qui fait de lui un être vivant radicalement différent de toutes autres éspèces ?
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