Scène I : l'homme, la femme, une cafetière et un fauteuil. Intérieur, pièce jaune.
L'HOMME - Quelle heure est-il ?
LA FEMME - Samedi
L'HOMME - Quel jour sommes nous ?
LA FEMME - 12h
L'HOMME - Merci. La journée peut commencer comme je le souhaitais.
LA FEMME -Que desirez vous faire ?
L'HOMME - En premier lieu m'asseoir sur ce fauteuil.
LA FEMME - Le cuir est d'un rouge très vif.
L'HOMME - Il contribue à la dissolution de mon esprit.
L'homme se dirige vers le fauteuil, le décale, s'y enfonce. On ne peut qu'entrevoir son buste et ses jambes.
L'HOMME - Il parait que les fauteuils sont toujours très enjoués quand ils servent à quelque chose
LA FEMME - La cafetière reste d'une plus grande utilité
La femme rentre dans la cuisine ; en ressort avec une longue cafetière cubique
LA CAFETIERE - Fauteuil, avec tout mon respect, vos bienfaits sont bien mineurs sans mon aide.
LE FAUTEUIL - Je vous retourne le compliment.
LA CAFETIERE - Il est vrai que l'animosité que je lui offre doit être compensé par votre paresse
LE FAUTEUIL - L'homme paradoxe ne cessera de m'intriguer.
LA CAFETIERE - Sa stupidité commence là où sa notion de logique débute.
L'homme regarde la caferière en biais.
L'HOMME - L'insolente !
LA CAFETIERE - Apres dix ans de service offert, il n'est toujours pas capable de reconnaitre mes qualités.
LE FAUTEUIL - Une fois très tard dans la nuit, il est rentré avec un gnome à la maison. Il avait faim, et lui n'avait rien à lui proposer. Evidemment sa femme avait passé sa soirée à vider le frigo. (à part). Comme à son habitude.
La cafetière a la poignée fine. Elle devient hilare à la remarque du vieux fauteuil. Ne s'arretant pas de rire, elle échappe des mains de la femme et se fend en quatre sur le sol.
le fauteuil ne se décourageant pas de cet incident poursuit :
LE FAUTEUIL - Tu vois, ils n'ont aucune attention pour nous.. Bref, comme je te disais. Ce gnome vorace se jette sur moi, m'arrache un bout d'accoudoir et le mange
LA CAFETIERE - Etais-tu à son goût ?
LE FAUTEUIL - Il me devait bien ça. Je vais t'avouer quelque chose mais pas maintenant. Les hommes ont des oreilles.
L'HOMME - Eh bien je t'en prie continue ton récit.. Enfin, tu es d'une si grande paresse. Elle trompe la moitié de tes souvenirs. Je prefère terminer le récit à ta place....(silence) Et bien je l'ai entièrement recousu comme il se doit.
LE FAUTEUIL - Et entièrement dans ton interêt
LA FEMME - Il n'a pas tort
L'HOMME - Tais-toi femme !
Elle sort de la pièce l'espace d'un moment, revient avec un balai, ramasse les morceaux de cafetière et va les jeter à la poubelle.
L'HOMME - Je vais écourter cette conversation avec toi. Il est samedi moins le quart et je risque d'y perdre mon estomac.
L'homme se lève, tire sa femme par la jambe, l'enroule autour de son cou et sort de la pièce jaune.
LE FAUTEUIL - Les femmes sont étouffantes....
on entend la cafetière au loin hurler : Et vous, incapables de bouger vos accoudoirs, garde manger pour gnomes !
LE FAUTEUIL - Cela dit, maintenant que les deux paradoxes sont partis, je vais te raconter la fin de l'histoire, alors écoutes. Une fois le Gnome rassasié, il était si confus de son acte qu'il s'est approché de la cheminée, a sorti un balai de l'une de ses multiples bosses et d'un geste vif a cogné trois fois l'intérieur de la cheminée.. la pièce était plongé dans un profond silence ; moi je contemplais la scène et le ventre transparent du gnome, avec mon accoudoir déchiré, baignant dans sa bile. Un instant plus tard un paresseux rouge tombe de la cheminée, mort. Il le ramasse et demande à l'homme où se trouve la boîte à couture : "Sur la table de nuit de ma femme, c'est sa boîte de chevet".
LA CAFETIERE - Son somnifère du soir. Evidemment passer des journées avec moi ne doit pas l'aider à s'endormir, pas comme toi. Mais au moins je ne dissous pas son esprit, je l'éveille.
LE FAUTEUIL - Je garde l'honneur de ne pas le stimuler par substitut chimique. Le gnome revient avec la boîte, me coud, plit bagage, salut son compère et s'en va.
LA CAFETIERE - Le stimuler ! (rires)
Scène II : L'homme, l'homme teigneux, une cheminée. Extèrieur : Un toit.
Une allée nocture. L'homme se ballade. Son cou est nu. Sa femme est restée accroché aux aiguilles d'un cactus violet. Il rumine.
L'HOMME - Un coup de vent, toutes, elles passent, on les croit accrochées et un stupide cactus vous les arrache.
Il entre dans une goutière, y monte et va s'installer sur une tuile cornée.
L'HOMME - Un cognac de bergamote, s'il vous plait.
La cheminée ramone et lui expédie son verre, il le sirote. Un homme teigneux s'approche
L'HOMME TEIGNEUX - Eh alors, on ne connait pas la politesse ?
L'homme le regarde, se retourne vers la cheminée et commande un deuxième cognac. L'homme teigneux ajoute : "en jet de poivre!". Un filet de cognac sort de la cheminée, l'homme teigneux en est aspergé. Il tend un mouchoir à l'homme et lui fais signe de le mettre sur son nez, l'homme s'éxécute, silencieux, vide son verre d'un trait.
L'HOMME - Quel est l'utilité de vous asperger de cognac au poivre ?
L'HOMME TEIGNEUX - Comment serais-je teigneux si je n'avais pas le moyen de faire fuir les gens. Ma sensibilté me trahirait auprès des personnes si elles pouvaient m'approcher. Ma singularité s'effilocherait, je n'aurai plus lieu d'apparaître ici et je serais un personnage aussi insignifiant que le tien. Tu es l'homme, l'homme est en bas, l'homme est dans son bureau, il a une femme, accrochée à un cactus ou à une horloge, elle est une femme comme une autre. Moi, je suis teigneux et seul. On m'efface un moment mais quand je reviens, je suis toujours l'homme teigneux. Si tu disparais et que l'on décide de te faire revenir ; tu seras l'homme quelconque, celui qui à bu un cognac ou celui qui est assit au coin de la terrasse, peu importe, on ne se souviendra pas de toi.
L'HOMME - Peut être, mais j'aurai l'avantage de te prendre ta femme sous une identité quelconque, comme de te livrer un fauteuil le 15h d'après sans que tu me reconnaisses. Je me multiplis, je ne suis jamais le même et je ne fais que me surprendre. Toi, tu stagnes, tu ne changes pas, tu éxécutes le même rituel tous les jours : goutière, cognac, leçon de moral qui au fond n'ont aucun sens
LA CHEMINEE (à part) - Sa stupidité commence là où sa notion de logique débute.
L'HOMME TEIGNEUX - Pourquoi chercher à trouver un sens à sa morale ?
L'HOMME - Trouver un conscensus entre sa paresse et son animosité est le travail de chaque individu moralement constitué.
L'HOMME TEINGEUX - Tes arguments ne font que t'enfoncer et me conforte dans mon idée.(Au dessus de la tête de l'homme teigneux, on observe son idée enfler et passer d'un bleu ciel à un bleu foncé.).
L'HOMME - En quoi cela te fait-il avancer ?
L'HOMME TEIGNEUX - Je suis grossiste d'idées. Mon travail est de rencontrer l'homme paradoxe et rendre une thèse sur lui.
L'HOMME - Tu as le temps ?
L'HOMME TEIGNEUX - Tout juste quelques décénies et une poignée de seconde. Je vous laisse, je retourne à mes affaires.
l'homme teigneux se lève, inspire profondément, devient menu et se fait glisser dans la goutière. l'homme se lève paye les consommations à la parabole et emprunte le trajet de retour.
Scene III : L'homme, un cadavre. Exterieur : rue blanche cabossée.
Il marche, un pied derrière l'autre, la tête baissée. Il est absorbé par ses pensées, se remémorant la conversation avec l'homme teigneux.
L'HOMME - Une morale, une logique, un sens, cocu pour un cactus.. je ferais mieux de retourner dans cette pièce jaune m'asseoir sur ce fauteuil. Sa m'évitera de penser.
Il trébuche sur un cadavre.
LE CADAVRE - Eh ! tu ne pourrais pas faire attention !
L'HOMME - Si au moins tu pensais d'abord à trouver un moyen de te distinguer de cette rue, tu es aussi blanc qu'elle et tu sembles y être encré.
LE CADAVRE (soupire) - Je sais, mais je ne peux pas.
l'homme s'asseoit à côté du cadavre : Et pourquoi ?
LE CADAVRE - Les supérieurs me l'interdisent, les chiens ont pourtant essayer de le convaincre mais impossible, il parait que de me voir déambuler ainsi dans cette rue les fait rire.
L'HOMME - A défaut de ne pas changer de couleur, changes de rue ..
LE CADAVRE (re soupire) - Tu crois que je n'y ai pas pensé ? vraiment ? Combien de fois j'ai essayé de partir mais mon intestin me retient ici, il est fermement attaché à cette rue, et j'ai beau l'en persuader, il ne veut rien n'entendre, un vrai entété. En plus, ici, j'ai fini par trouver mais repères. Les chiens à trois queues et les chats à tête de lapin viennent souvent me rendre visite. Ils apportent des cartes, de la boisson et à manger.. Mon intestin est ravi quand vient le moment d'évacuer ce que je ne digère pas car ça attire les rates.. Mais, il ne connait rien, j'essaye de lui faire comprendre que les mots, comme les hommes peuvent avoir un double sens et que la rate que je recherche ne se trouve pas dans les égouts.
L'HOMME - Vous avez perdu votre rate ?
LE CADAVRE - Oh oui ! mais il y a bien longtemps, je reculais dans la rue et j'ai rencontré un sphinx qui m'a échangé ma rate pour un nouveau phallus.
L'HOMME - C'est tout à votre honneur.
LE CADAVRE - Merci. j'ai été heureux de parler avec vous, mais mes amis ne vont pas tarder à arriver et ils n'aiment pas la présence d'autre compagnie.
L'HOMME - Je comprends. Au revoir.
L'homme se redresse, reprend sa route avec la même allure. taka, taka ,taka, taka. Il tourne à droite au bout de la rue.
Scene IV : L'homme, le fauteuil, la porte, le chirurgien et la poule : intérieur pièce jaune.
L'homme ouvre la porte de son appartement jaune à la volée. Celle-ci sort de ses gongs.
LA PORTE - Mais tu es d'une stupidité. maintenant la volaile rentrera comme il lui plait dans cette pièce, et tu ne pourras plus t'affaler dans ce fauteuil. Sans avoir un choeur de poules derrière toi.. Surtout que ces dernier temps je les ai entendu s'entrainer dans le grenier du chirurgien..
Une poule rentre à toute vitesse dans la pièce et va se réfugier sous le fauteuil.
L'HOMME - Mais on ne peut même plus converser e...
l'homme est interrompu par l'entrée en trombe du chirurgien dans la pièce. Il fait voler la porte à l'autre bout de la pièce et passe par la fenêtre grande ouverte. Des ailes en filaments de fer se déccrochent de cette dernière et prend son envole au dessus d'un nid de coucou.
LE CHIRURGIEN (essouflé) - Excus..ez moi, mais vous n'au..riez pas vu une po..ule, j'essaye de lui exci..cer une canine mais elle a pris ses pa..ttes à son cou à la vue de la piqure somnoleuse.
L'HOMME - Somnoleuse ? vous en vendez ?
LE CHIRURGIEN - Au vert, ça peut se faire, la vente est illégale. Qu'avez vous, problème de sommeil ?
L'HOMME - j'ai cassé ma cafetière.
LE CHIRURGIEN - Le coup a dû être rude.
L'HOMME - Seulement depuis que ma femme est partie.
LE CHIRURGIEN - Encore un bananier..
L'HOMME - Non, un cactus.
LE CHIRURGIEN - Arf, ils sont plus coriaces. Ma femme est partie, il y a cinq siècles.. Sous pretexte qu'elle preférait les bananes à mes seringues.
L'HOMME - L'odeur compère, l'odeur
LE CHIRURGIEN - Je ne voudrais pas vous troubler mais effectivment sa sent la volaile.
LA POULE (tout bas)- Il est d'une subtilité..
L'HOMME - Pensez-vous qu'il est possible d'associer de la métadone à un verre de vin ?
LE CHIRURGIEN - Dans la mesure où vous ne vous manger pas la mains.
L'HOMME - Je les ai déjà remplacé mainte et mainte fois.
LE CHIRURGIEN - Je ne suis donc pas au coeur du problème.
L'HOMME - Vous y tendez
LE CHIRURGIEN - Dans ce cas que je vais m'en eloigner.
Le chirurgien se lève s'éclipse, revient ganté avec une pince dans chaque main.
LE CHIRURGIEN - Si vous permettez.
le chirurgien s'approche de l'homme et délicatement tire avec ses pinces le bout du problème innérant au crâne de l'homme. La poule sort discrètement du fauteuil et se dirige sur la pointe des griffes vers la sortie. Le chirurgien fait volte face, sort un revolver de sa chemise : PAMM. La poule s'écrase, son estomac et son intestin sont propulsés de pars et d'autre de la pièce.
L'HOMME - Avec votre accord, je garderai bien ses morceaux, on ne sait jamais, ce qu'il peut arriver au fauteuil. Elles peuvent toujours servir.
LE CHIRURGIEN - Vous êtes artisan ?
L'HOMME - J'ai des amis gnome.
LE CHIRURGIEN - Je vous descendrai un bocal pour les conserver.
L'HOMME - Merci.
LE CHIRURGIEN - Je retourne à mes volailes, car j'ai un homme teigneux qui m'a amené son dromadaire, il souffre d'aérophagie.
L'HOMME - Il ne pourrait se faire attendre.
LE CHIRURGIEN - Nous savons de quoi il est capable.Il ne faudrait pas le decevoir. Au revoir
L'HOMME - Au revoir.
Scène V : L'homme et le fauteuil : Intérieur pièce jaune.
L'homme va au dressing, sort une bouteille de cognac, appuie sur la main d'un pantin, en crache des glaçons qu'il récéptionne dans un verre. Il s'asseoit sur le fauteuil.
L'HOMME - La cafetière est cassée, ma femme est partie, mon fauteuil aigri, je suis l'homme.. Je ne saurai jamais rien du reste. On m'a excisé mon problème, je n'ai plus rien à penser. La poule gît sur le sol, plus personne pour la nettoyer, qui sera maître de chorale ?. Ma vie est à vue de tout le monde.. Mais qu'importe, si je suis vu assis dans mon fauteuil ou entrain de converser avec un cadavre moisi par sa blancheur.. Les chiens à trois queues et les chats à tête de lapin continueront à courrir. La pièce est jaune et restera jaune tout ça parce que je suis cocu pour un cactus. Je vais rester planter là, assis sur ce fauteuil pour finir de m'accomplir.
LE FAUTEUIL - Ta stupidité commence là où ta notion de logique débute.
Fin.
lundi 5 mars 2007
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